ECHO DES COTONCULTEURS
 

      27-06-2007  

Deux richesses naturelles qui ont bien besoin de soutien (dixit François TRAORE Docteur Honoris Causas, Président de l'UNPC B, Président de l'AProCA).

Je représente les producteurs au Conseil Scientifique de Gestion (CSG) de l'Institut National de l'Environnement et de Recherches Agricoles (INERA).

Ce comité regroupe toutes les structures concernées par la recherche : les ministères, les entreprises, et même des organisations de la société comme l'Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina.

A la réunion du 05 juin 2007, le comité scientifique de l'INERA a proposé pour examen et adoption le compte rendu de la 2ème session du Conseil Scientifique de Gestion et donné à examiner le programme d'activités à réaliser en 2007.

Au cours de cette réunion, j'ai posé deux questions qui, à mon avis, sont très importantes pour les professionnels de l'agriculture. Au vu des réponses données, je pense qu'il est de mon devoir de mieux les expliquer.

La 1ère question était relative à la fertilisation de nos sols, elle a porté sur le phosphate. Quant à la 2ème question, elle a porté sur la consanguinité des bêtes de nos troupeaux.

Le phosphate de chez nous pour dépendre moins de l'extérieur

J'ai demandé aux chercheurs si le phosphate de nos sous-sols était d'une teneur assez forte pour être exploité ; aidant ainsi le producteur à se départir, un temps soit peu, des engrais importés.

La réponse a été OUI. Les chercheurs m'ont dit qu'une étude a été menée sur cette ressource. Cependant, nous les producteurs, nous ne disposons pas encore des résultats de ces études.

Je pense que le minimum que puisse faire un pays agricole et enclavé comme le Burkina Faso c'est d'utiliser ses richesses naturelles ! On m'a dit qu'il faut que l'Etat mette les moyens si l'on veut que le phosphate soit extrait et transformé de manière à être facile à utiliser par les producteurs.

Nous savons que l'Etat s'est toujours montré disposé à accompagner l'agriculture, mais nous n'hésitons pas à lui rappeler que la transformation de nos ressources minéralières est aussi de nos préoccupations.

Mettre les moyens pour faciliter la fertilisation de nos champs par l'usage de notre phosphate peut être un salut pour notre agriculture et notre économie. En effet, la fertilisation est une nécessité dans l'agriculture moderne et bien entendu, l'engrais « made in Burkina » qui sera obtenu ne sera pas distribué gratuitement. Les producteurs de coton et de toutes les autres cultures salueraient avec enthousiasme cette décision éclatante de l'Etat.

La consanguinité : un danger pour notre élevage

L'élevage constitue une richesse très importante pour le Burkina. Cette activité est pratiquée sur toute l'étendue du pays. Il a été constaté que les gènes de nos animaux d'élevage ne sont pas très diversifiés à cause de la consanguinité qui est élevé dans nos troupeaux.

Acteur du domaine, j'ai constaté que cette consanguinité est entrain de devenir un grand handicap pour notre élevage.

En effet, les éleveurs de bœufs, de moutons, de porcs n'hésitent pas à faire féconder les femelles par un géniteur né dans le même troupeau.

Pourtant la consanguinité à des conséquences terribles : la diminution de la taille des bêtes, le développement de la résistance aux maladies, la diminution du rendement en lait et en viande.

Je pense que les risques de la consanguinité font partie du minimum à connaître en élevage. Chaque éleveur devrait en être informé. L'encadrement de l'élevage peut être l'une des solutions à ce problème de consanguinité. Certains scientifiques, imprégnés du problème, disent que la consanguinité est la principale faiblesse de nos races bovines. Si les gènes de nos troupeaux étaient diversifiés, et si ces animaux étaient suffisamment nourris, leurs rendements en lait et en viande démultiplieront.

Les scientifiques m'ont dit qu'ils ne disposent pas de moyens pour mener des études dont les résultats permettraient d'informer et d'orienter le plus efficacement les éleveurs.

Dans un pays où une partie importante de la population pratique l'élevage, où l'élevage apporte une grande part au Produit Intérieur Brut, je pense qu'il est nécessaire que l'on interpelle l'Etat sur le handicap que constitue la consanguinité.

Nous sommes dans une ère de mondialisation où les erreurs scientifiques et techniques ne sont pas pardonnées ; où les gens profitent sans hésitation des failles des autres pour avancer. Alors ce n'est pas le moment de minimiser des volets comme la production d'engrais local et l'élevage qui sont à la base de la réussite du producteur rural.

Je demande aux autorités de soutenir la recherche car elle est la fierté, la dignité d'un pays.

Nous, professionnels de l'agriculture connaissons les vertus des semences de coton, de maïs, de sorgho, de sésame, sélectionnées et traitées dans les instituts de recherche. Je pense qu'il faut aller plus loin, car le Burkina Faso est connu pour le courage et l'ardeur au travail de sa population.

Je sais que le gouvernement compte beaucoup sur les agriculteurs pour fixer la lueur du développement ; nous nous engageons à mériter cette confiance de l'Etat mais nous ne pourrons satisfaire notre nation que si nous sommes éclairés et accompagnés par la recherche.






 
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