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Parcours de M. François TRAORE


PRESENTATION DE MONSIEUR FRANCOIS TRAORE PAR LE PROFESSEUR PHILIPPE LEBAILLY

Le parcours professionnel de François TRAORE est d’abord celui d’un agriculteur, d’un paysan africain attaché au travail de la terre et aux valeurs du monde rural.

François TRAORE est né en 1952 à Dakuy dans le département de Doumbala au Burkina Faso. Il est le premier garçon d’une famille de huit (08) enfants. Dans un pays où le taux de scolarisation est un des plus bas du Monde, il a l’opportunité d’aller à l’école et d’obtenir le certificat d’études primaires.

Son père, un petit cultivateur, est touché par l’onchocercose ou « cécité des rivières » et perd la vue en 1969. Agé de 16 ans, François TRAORE se retrouve chef de famille et décide d’abandonner l’école pour s’occuper des siens. Il travaille alors comme ouvrier agricole pour un salaire de misère qui lui permet d’acheter du sorgho et de subvenir aux besoins de sa famille.

Installé au Sénégal, lui et les siens vivent en cultivant mil, sorgho et arachide. A ses 20 ans, en 1973, il revient au Burkina, dans son village natal avec les économies réalisées en commercialisant l’arachide. Mais, très vite il ne peut se résigner à cultiver pour survivre et décide d’aller s’installer en zone cotonnière. En 1979, il se rend successivement dans les zones de Solenzo et de Bena où il n’est pas satisfait des conditions proposées.

Il arrive en 1980 à Sokodjankoli avec un cheval et une charrette. Dans ce village, les habitants sont plus chasseurs qu’agriculteurs. On lui demande alors de délimiter la superficie dont il a besoin pour ses activités. Il se rend à 4 kilomètres du village afin d’obtenir de grandes surfaces cultivables. Les villageois lui déconseillent le site en raison de la présence de nombreux singes qui détruisent les récoltes. Peu importe, François TRAORE s’y installe et trouve la solution à la présence des singes en se rendant très tôt au champ et en rentrant après le coucher du soleil au village.

Aujourd’hui, François TRAORE peut être qualifié de gros exploitant avec une centaine d’hectares de culture et une centaine de têtes de bovins.

Ses trois fils qui ont tous fait des études sont présents à ses côtés pour l’exploitation de la ferme et, comme il le souligne, se sentent bien dans les champs.

Au début des années quatre-vingt, François TRAORE s’engage dans la vie associative et décide de militer au sein des groupements villageois. Il occupe le poste de secrétaire général du groupement et prend, à ce titre, une part active dans la construction de l’école du village : « quand je vois des enfants aller à l’école et qu’ils ignorent comment celle-ci a été construite, je suis content » nous dit François TRAORE.

A partir de 1991, en qualité de membre de l’Union Départementale des Producteurs, il contribue à la mise en place des structures professionnelles des producteurs de coton et participe activement à la création, en 1998, de l’Union Nationale des Producteurs de Coton ce qui lui permet de siéger dès 1999 au conseil d’administration de la société cotonnière SOFITEX comme représentant des producteurs.

Le 21 nombre 2001, confronté à la déprime des cours du coton, l’organisation qu’il préside publie un « appel commun des producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest » demandant à « tous ceux qui veulent construire un monde plus juste » de rejoindre son combat contre les subventions cotonnières des Etats-Unis et de l’Union Européenne. A Cancun, en 2003, il est le héros de la révolte des cotonniers africains devant l’Organisation Mondiale du Commerce.

En décembre 2004, dans la foulée de la sensibilisation de l’opinion publique internationale obtenue au Mexique et afin de ne pas âtre isolé par rapport à l’importance des enjeux, il participe à une rencontre mobilisant les producteurs de coton de plusieurs pays d’Afrique à Cotonou.

Face à la crise de la filière coton qui affecte plus de 10 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et du Centre, des producteurs de coton de douze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre se réunissent pour analyser la crise qui touche la filière et définir ensemble des stratégies de mobilisation, de positionnement et d’actions qui leur permettront de mieux défendre leurs intérêts.

Cette rencontre des producteurs avait pour but d’échanger sur la situation internationale afin de cerner la problématique du coton dans un contexte plus global puis d’analyser la situation de crise telle que vécue par chaque pays. Elle a abouti à la naissance de l’Association des Producteurs de Coton Africains (APROCA) dont la présidence est assurée par François TRAORE. A la conférence ministérielle de l’OMC tenue à Hong Kong du 13 au 18 décembre 2005, l’APROCA a pu compter sur 18 représentants pour faire valoir les préoccupations des producteurs de coton africains.

Très tôt, François TRAORE a pris la résolution de se battre. En premier lieu, il doit combattre les préjugés et convaincre ses parents de l’intérêt du recours à la traction animale. Pour ce faire il fait l’acquisition d’un âne et d’une charrue et démontre à son père que la force animale est un apport important dans l’agriculture. La productivité s’accroît et les dettes sont remboursées.

Ensuite, il milite au sein des organisations paysannes et nous dit :

« si on est capable de se tenir courbé toute la journée dans un champ, on doit l’être aussi de se faire entendre ».

Enfin, François TRAORE apparaît en quelque sorte comme David dans son combat contre Goliath. Il incarne la résistance très médiatisée des producteurs africains contre les subventions agricoles des pays riches, en particulier pour le coton : les subventions accordées à 25 000 producteurs de coton américains représentent un montant de 60 % plus élevé que le PIB du Burkina Faso où le coton fait vivre 2 millions de personnes.

L’homme n’est pas du genre à s’en laisser conter. Mais son engagement ne doit pas être réduit à une chasse aux subventions agricoles mais bien plus à la volonté de pouvoir tirer un revenu décent du travail de la terre et d’assurer un avenir pour la jeunesse qui vit dans les campagnes.

Le premier enseignement que l’on peut tirer de cette expérience de vie est que, partout et toujours, les agriculteurs ont adopté les modèles de développement lorsqu’ils en tiraient un profit. Ils demandent d’abord des marchés stabilisés, organisés et rémunérateurs. Dès ce moment, les innovations techniques sont mises en œuvre avec succès comme le parcours de François TRAORE.

Il convient également d’insister sur l’importance de l’investissement dans les ressources humaines en milieu rural. Celui-ci ne doit pas s’arrêter à la formation de quelques élites. Le capital humain est primordial. Il se mesurera à la capacité des hommes et des femmes à s’organiser, à innover, à assumer des responsabilités et, finalement, à s’adapter. Le développement agricole n’est pas seulement une question de ressources naturelles ou financières. Il est d’abord une question de capacité humaine et d’organisation. La formation et le progrès technique qui en découlent sont les meilleurs gages pour une stratégie de lutte contre la pauvreté.

Cela, François TRAORE l’a bien compris. Il incarne l’image d’une Afrique qui ne veut pas se résigner à la déprime mais qui veut se faire entendre et c’est pour toutes ces raisons et en fonction de la décision unanime du Conseil académique, prise en sa séance du 18 octobre 2005, que je demande à Monsieur le Recteur de bien vouloir accueillir Monsieur François TRAORE dans notre communauté universitaire, en lui remettant le diplôme et les insignes de Docteur Honoris Causa.


 
 
 
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